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Koen De Leus et Philippe Gijsels, respectivement Chief Economist et Chief Strategy Officer de BNP Paribas Fortis, présentent leur vision macroéconomique pour 2019 et expliquent comment celle-ci se traduit dans la stratégie de placement de BNP Paribas Fortis.

Après une année 2017 solide et une année 2018 hésitante, nous prévoyons pour l’année prochaine un ralentissement de la croissance mondiale. Dans la plupart des économies, la normalisation de la politique monétaire se poursuivra. Les risques se situent principalement dans les relations commerciales de divers pays avec les États-Unis. En Europe, le Brexit et l’Italie continuent d’alimenter l’inquiétude.

Ralentissements de croissance régionaux
Les effets positifs que ressentent les États-Unis à la suite des allégements fiscaux consentis par le président Donald Trump commencent peu à peu à s’atténuer. En 2018, ces mesures ont donné à la croissance un coup de pouce de 0,7 point de pourcentage, grimpant ainsi à presque 3 %. Cet effet positif devrait s’affaiblir en 2019 et devenir légèrement négatif en 2020. Le taux d’intérêt plus élevé commence également à peser sur la croissance. D’ici la mi-2019, nous prévoyons encore trois relèvements des taux d’intérêt par la Fed. La croissance américaine devrait ainsi être impactée pour atteindre  2,1 % en 2019 et 1,5 % en 2020.

Autre moteur de l’économie mondiale, la Chine fait face à plusieurs défis. La guerre commerciale qui l’oppose aux USA est ennuyeuse, mais elle vient surtout se greffer sur l’ancienne bulle de la dette contre laquelle le pays lutte déjà. La croissance obtenue via les investissements publics a atteint son plafond. À l’avenir, la croissance chinoise devra venir de la consommation intérieure. En favorisant les migrations des zones rurales vers les villes et en rabaissant le taux d’épargne exorbitant de 37 %, il doit être possible d’accomplir ce changement. Mais cela prendra du temps. C’est pourquoi nous prévoyons, pour les prochaines années, une nouvelle réduction du rythme de croissance jusqu’à 6 % d’ici 2020.

Pour ce qui est de la zone euro, nous nous attendons, pour les deux prochaines années, à un ralentissement à 1,4 % et 1,2 %, respectivement. L’affaiblissement de la croissance mondiale et l’appréciation de l’euro pèsent sur les exportations. Les incertitudes sur l’issue du Brexit, la situation de l’Italie et le risque de résurgence du conflit commercial avec les États-Unis entraînent une réduction des investissements des entreprises. En conséquence, la capacité de production est trop limitée. Dans de très nombreux pays, il devient aussi de plus en plus difficile de trouver du personnel qualifié.

Belgique : comment rehausser notre potentiel de croissance ?
Le ralentissement de la croissance mondiale que nous prévoyons pour 2019 et 2020 influe également sur l’économie belge. Après la croissance robuste de 1,5 % cette année, nous nous attendons à une croissance de 1,4 % et 1,3 % pour 2019 et 2020. Ce dernier pourcentage correspond plus ou moins à la croissance tendancielle à long terme. Est-il possible de renforcer cette croissance tendancielle ? Certainement, et l’amélioration du taux d’emploi constitue un instrument important à cet effet.

Il y a quelques années, un calcul effectué par la Commission européenne a montré que la réforme structurelle du marché du travail, du marché des produits et des impôts pourrait produire une augmentation de la croissance à long terme de la zone euro de 12 points de pourcentage dans les 20 prochaines années. La Belgique enregistrerait même une augmentation de 18 points de pourcentage, ce qui la place en cinquième position parmi les pays où les effets seraient les plus positifs. Le plus grand potentiel réside dans l’augmentation du taux de participation des personnes âgées et dans l’amélioration des compétences, surtout des personnes peu scolarisées.

Avec une augmentation de plus de 10 points de pourcentage au cours des dix dernières années, le taux de participation de la population de 55 à 64 ans, qui atteint ainsi 52 %, prouve que nous progressons. Nous restons toutefois largement à la traîne par rapport à la moyenne européenne. Au cours de cette même période, le pourcentage de personnes de 20 à 64 ans travaillant effectivement s’est accru de 67,5 % à 69,5 %. L’objectif imposé par la Commission européenne à notre pays est d’atteindre 72 % d’ici 2020. Nous n’y arriverons jamais, mais la hausse du taux d’emploi à ce niveau-là produirait à elle seule une croissance supplémentaire de 5 points de pourcentage.

Modeste croissance des taux d’intérêt
La croissance robuste qui s’observera encore aux États-Unis dans les trimestres à venir conduira la Federal Reserve à relever encore trois fois les taux d’intérêt, pour atteindre un pic de 2,75 à 3 % à la mi-2019. Fin 2018, la Banque centrale européenne arrêtera son programme de rachats d'obligations. L’année prochaine aussi, cependant, le taux d’intérêt à court terme restera inchangé, à 0 %. La majorité des banquiers centraux préfèrent désormais laisser les obligations inscrites à leur bilan arriver à échéance que de racheter des obligations supplémentaires. Il s’agit donc plutôt d’un resserrement que d’un assouplissement quantitatif, ce qui fera augmenter progressivement le taux d’intérêt à long terme au cours de l’année ou des deux années à venir. Une forte hausse nous semble néanmoins peu probable. Selon nos estimations, le pic du taux belge à 10 ans se situe aux alentours de 1,25 à 1,4 %.

Inquiétudes géopolitiques
En 2018, le contexte économique favorable et la forte hausse des bénéfices des entreprises ont été assombris par diverses préoccupations géopolitiques, dont principalement les péripéties du Brexit, les guerres commerciales et le budget italien. Les marchés des actions peuvent donc faire du surplace ou même enregistrer une baisse lorsque la croissance des bénéfices atteint 26 % (T3 2018).

Une politique monétaire changeante
Outre les inquiétudes géopolitiques, nous avons également constaté, au cours de l’année 2018, un resserrement progressif de la politique monétaire, surtout par la Federal Reserve. C’était aussi l’une des raisons principales pour lesquelles les marchés des actions traversaient des turbulences, une raison qui n’est d’ailleurs pas suffisamment du tout exposée. Tout le monde s’accorde à dire que toute la liquidité créée par les banques centrales a joué un rôle majeur dans la hausse de la quasi-totalité des actifs. Par conséquent, il n’est certainement pas illogique qu’une politique un peu moins souple puisse faire pression sur ces mêmes actifs. Compte tenu de l’effet d’un léger resserrement, la grande question que nous nous posons aujourd’hui est de savoir ce qui se passera lorsque nous serons confrontés à d’importants relèvements de taux d'intérêt aussi bien du côté court que du côté long de la courbe.

La croissance des taux américains et le dollar plus fort qui en découle ont également joué un rôle crucial dans la solide surperformance du marché américain des actions par rapport au marché européen et surtout par rapport aux marchés émergents. C’est un peu comparable à la pêche à la dynamite : les bâtons de dynamite jetés à l’eau sont les taux américains et le dollar croissants, et les poissons qui remontent à la surface sont le Venezuela, l’Argentine, le Brésil, la Turquie… Bon nombre de ces marchés émergents financent une grande partie de leur dette en dollars américains. Or, la hausse du prix du dollar crée un manque d’oxygène.

Volatilité et opportunités
L’année presque écoulée a d’ailleurs aussi été une année de volatilité intense durant laquelle les marchés émergents, le pétrole, le bitcoin et – en cette fin d’année – la valeur des technologies, jugée intouchable, ont subi de grandes fluctuations.

Pour 2019, nous prévoyons un maintien de cette volatilité. Plus encore, nous nous attendons à ce qu’elle devienne la nouvelle norme. Ce que nous constatons en ce moment, c’est l’énorme fossé entre la réalité économique (la croissance économique et la croissance des bénéfices des entreprises), qui entamera aussi positivement cette nouvelle année, et l’image technique des marchés. Cette dernière a été privée d’un grand nombre de niveaux de soutien importants. L’image technique a subi bien des dommages et il faudra un certain temps pour que la confiance se rétablisse. De toute évidence, ce que nous disent le marché et les fondamentaux ne peut diverger éternellement. À un moment donné, ces deux paramètres devront converger à nouveau. Deux scénarios sont possibles. Soit le marché a raison, mais il faut pour cela que les chiffres de l’économie, et accessoirement les chiffres des entreprises, se détériorent de façon spectaculaire dans les 6 à 9 prochains mois. Soit les chiffres restent les mêmes et le marché doit s’adapter et prolonger le marché du taureau qui a quand même déjà atteint un âge respectable.

L’euro et le dollar américain
Si la croissance américaine ralentissait légèrement, que les relèvements de taux d'intérêt aux États-Unis touchaient à leur fin (ce que semble du moins suggérer Jerome Powell) et que les problèmes géopolitiques qui perturbent la zone euro pouvaient se dissiper ou au moins être relégués au second plan, la hausse du dollar devrait s’arrêter. Pour 2019, nous prévoyons une augmentation de la monnaie unique européenne à 1,25 face au USD. Et si le prix du dollar baissait légèrement, cela diminuerait ne fût-ce qu’un peu la pression exercée sur les pays émergents, sur les monnaies des pays émergents, sur les matières premières et sur l’or.

Le secteur technologique
En ce qui concerne les secteurs, le marché devra partir à la recherche d’un nouveau leader. L’été dernier, la valeur de la génération actuelle de géants de la technologie a probablement atteint son apogée. Cela ne signifie pas pour autant que ces entreprises ne poursuivront pas leur croissance, ou qu’elles ne pourront plus augmenter leurs bénéfices ni bouleverser des industries entières. Il est cependant peu probable que leur valeur dépasse encore celle de l’été 2018.

La correction du marché a également durement touché la plupart des actions, y compris les actions de nos thèmes favoris, tels que la robotique, la cybersécurité et la biotechnologie, pour n’en citer que quelques-uns. Ces dernières années, d’énormes sommes d’argent ont été injectées dans ces groupes. Aujourd’hui, elles en ressortent. Il est probablement trop tôt pour affirmer que la correction dans ce secteur est à présent terminée. À un moment donné, cependant, le marché nous offrira d’excellentes opportunités pour investir dans des tendances ascendantes à long terme. En conclusion, l’année 2019 nous réserve un mélange de volatilité et d’opportunités.

Economic Outlook 2019 - Global


Economic Outlook 2019 - Belgique


Economic Outlook 2019 - Opportunités 1 


Economic Outlook 2019 - Enjeu



Voir aussi le 

Blog Chief Economist
Blog Chief Strategy Officer

 

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