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01.03.2018

'Une question d'urgence, de responsabilité et de conviction'

Didier Beauvois, Head of Corporate Banking, en est convaincu: face à l'urgence climatique, face aux inégalités croissantes, la première banque du pays se doit d'aider les entreprises à changer de business model et de contribuer ainsi à une 'prospérité durable'. Il annonce la création d'un Competence Centre: le 'Sustainable Desk'.

Quel a été le déclic à l'origine de cette nouvelle stratégie, basée sur les Objectifs de Développement Durables (ODD, ou SDG en anglais) définis par l'ONU?

Il y en a plusieurs. Nos clients, tout d'abord. De plus en plus d'entreprises, en particulier les grandes, s'interrogent - et nous interrogent - sur la durabilité de leur modèle. Le marché évolue et cette évolution s'est récemment accélérée. 

La prise de conscience de notre responsabilité, ensuite, en tant que première banque du pays appartenant à un groupe d'envergure mondiale. Notre banque joue un rôle majeur dans l'économie belge et peut avoir un impact énorme. Sur les 100 milliards de crédits octroyés l'an dernier, environ 10 milliards répondent aujourd'hui aux critères de durabilité définis par l'ONU. C'est beaucoup, mais nous voulons faire plus encore.

Enfin, la conviction personnelle que si nous ne faisons rien, nous courons tous à notre perte. Comme l'a récemment déclaré Jean-Laurent Bonnafé, on ne peut pas gagner dans un monde qui perd. Plus personne aujourd'hui ne peut ignorer les risques liés au réchauffement climatique, à la raréfaction des ressources ou au déclin de la biodiversité. Dans un contexte où les inégalités sociales se creusent et où la démographie et l'urbanisation explosent, ce n'est rien de moins que l'espèce humaine qui est en danger.

Vous l'avez dit, certains clients sont conscients de la nécessité de s'adapter. Mais comment convaincre les autres? Et surtout, les collaborateurs de Corporate Banking sont-ils prêts et formés pour accompagner cette transition?

A terme, les Relationship Managers devront systématiquement challenger les projets de leurs clients sur les aspects de durabilité, les amener à comprendre que c'est la pérennité-même de leur entreprise qui est en jeu et que s'adapter est aussi une opportunité. Le Competence Centre que nous allons mettre sur pied sera là pour les y aider. Il capitalisera sur nos atouts et développera notre expertise et des solutions créatives dans les domaines suivants: la décarbonisation, l'économie circulaire, le capital humain et les smart cities. Ces quatre thèmes seront au centre de la grande convention de Corporate Banking le 22 février.

Nous comptons aussi proposer aux clients des 'ateliers de durabilité', sur le modèle des ateliers digitaux que la banque a mis sur pied en partenariat avec Google et qui ont rencontré un beau succès auprès des clients entrepreneurs.

Le nouveau Competence Centre va capitaliser sur nos atouts. Quels sont-ils? Pouvez-vous donner quelques exemples?

Nous ne partons pas de rien, loin s'en faut. Chez Corporate Banking, nous appliquons déjà depuis de nombreuses années les politiques sectorielles, sur lesquelles nous nous appuyons pour influencer dans le bon sens les pratiques des grandes entreprises.

En matière de décarbonisation, le bilan de la banque affiche un montant de 1,7 milliard de financements dans le renouvelable. A cet égard, nous avons développé une approche unique, avec le Green Desk, mis sur pied dès 2009. Il propose un accompagnement concret aux petites et moyennes entreprises qui veulent améliorer l'efficacité énergétique de leurs installations ou se doter d'infrastructures de production d'énergie renouvelable. En 2017, cette équipe a été sollicitée plus de 300 fois par nos Relationship Managers. Le Green Desk a inventé une manière de faire dont le Competence Centre s'inspirera beaucoup.

Enfin, notre offre de produits durables s'élargit sans cesse. Nous sommes leaders dans les investissements socialement responsables, avec 9 milliards d'euros investis. Et les équipes de CIB ont démontré leur capacité à concevoir des produits innovants tels que des green bonds, green loans, sustainable loans. Ce n'est pas pour rien si BNP Paribas Fortis est la seule banque retenue par l'Etat belge pour émettre prochainement ses premières obligations vertes, ou si la Banque Mondiale nous confie le développement de produits financiers durables. 

Notre expertise est reconnue, mais nous devons encore la développer, notamment en cocréant avec nos clients. Ceux des Innovation Hubs, mais pas seulement. Plusieurs projets de ce type sont en cours, dans le domaine des smart cities, pour favoriser la mobilité douce, optimiser l'éclairage public ou améliorer l'efficacité énergétique des habitations des clients particuliers. 

Cette stratégie résolument axée sur la durabilité implique-t-elle que nous exclurons davantage d'entreprises de nos portefeuilles?

Le Groupe a déjà pris des engagements très forts au travers des différentes politiques sectorielles, les plus récentes ayant trait aux secteurs du tabac et des énergies fossiles. Vu notre taille, ces mesures ont beaucoup d'impact. Elles sont d'ailleurs reconnues: comme annoncé tout récemment, BNP Paribas a grimpé de 7 places dans le classement Global 100 Most Sustainable Corporations, pour y occuper la 36e position.

Notre ambition est qu'à terme, tout ce que nous financerons réponde à nos critères de durabilité  et d'éthique. Nous ne voulons pas être le banquier d'entreprises qui ne respectent pas les nouvelles règles du jeu. La recherche absolue du profit au détriment de tout le reste appartient définitivement au passé. Accompagner les entreprises qui veulent s'adapter aux nouveaux enjeux est désormais notre cœur de métier. 

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