Macroéconomie
25.04.2017
Koen De Leus Chief Economist

Un cours de base en économie mettrait fin au protectionnisme des Etats-Unis

Après quasiment 100 jours à la tête des Etats-Unis, la confiance en Trump – soit 42% – se situe au niveau le plus bas depuis la présidence d’Eisenhower. D’après une vaste enquête organisée par le Washington Post ABC, Trump obtient des avis plus négatifs que positifs lorsqu’on interroge la population sur ses réalisations et son caractère. A une exception (majeure) près : 73% des Américains (y compris 54% des démocrates) apprécient ses efforts pour inciter les entreprises américaines à conserver les emplois aux Etats-Unis.

C’est d’ailleurs l’objectif des mesures protectionnistes. Car selon Trump & Co., l’important déficit commercial et son corollaire – le déficit de la balance courante – sont la source de tous les maux. Les Etats-Unis importent trop et exportent trop peu, estiment ses conseillers. On augmente donc les barrières commerciales, ce qui améliore la compétitivité des entreprises locales et nécessite qu’elles agrandissent leurs usines pour répondre à la demande intérieure. Résultat : les importations baissent, ainsi que le déficit de la balance courante.

Mais cette dernière mesure est un pas de trop. Car s’il est vrai que la hausse des barrières commerciales augmente le taux d’emploi et pousse les capitaux vers les secteurs d’importation protégés, elle se fait au détriment des secteurs exportateurs. Conséquence : baisse des exportations, baisse des importations, et baisse du revenu national et de la prospérité. Quant au déficit commercial, il ne change pas.

La balance courante mesure le solde net des biens et services, le solde des revenus perçus de l’étranger et des revenus payés (taux et dividendes) et les transferts nets (paiements vers ou de l’étranger, comme l’aide au développement et les transferts vers la famille). Elle correspond à l’épargne nationale moins les investissements domestiques. Les Etats-Unis investissent plus qu’ils n’épargnent, ou encore, ils consomment davantage que leurs revenus. C’est ce qui explique le déficit de la balance courante. Pour inverser la situation, les Etats-Unis doivent, soit économiser davantage (en particulier les pouvoirs publics), soit investir ou consommer moins.

Ceci se retrouve en porte-à-faux avec les projets de Trump. A l’heure actuelle, les dépenses publiques américaines dépassent de 2% les revenus. Pendant sa législature, le nouveau président souhaite réduire les impôts (des entreprises et des personnes physiques) et lancer de grands travaux d’infrastructure, ce qui devrait faire encore augmenter le déficit budgétaire – en d’autres termes, l’épargne négative du gouvernement américain. Conséquence : le fossé entre épargner (moins) et investir (plus) s’agrandit, de même que le déficit commercial. Ce qui devrait faire hurler Trump contre les Chinois et les Allemands et leur déficit (surplus ?) commercial et l’inciter à prendre encore plus de mesures protectionnistes extrêmes. Un bons cours de base d’économie pourrait pourtant lui éviter de tomber dans une spirale négative commerciale et de prospérité. Vous voyez bien que l’économie, c’est bien plus qu’une façon de créer de l’emploi pour les économistes !!!

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Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne représentent pas nécessairement la position de BNP Paribas Fortis.
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Koen De Leus Chief Economist
Koen De Leus (Bonheiden, 1969) détient un diplôme de master en sciences commerciales de la Economische Hogeschool Sint-Aloysius (EHSAL). Depuis septembre 2016, il occupe le poste d’économiste en chef au sein de BNP Paribas Fortis. Il est également professeur invité de la EHSAL Management School, notamment dans le domaine de la finance comportementale. En 2017, Koen a publié son livre « L'économie des gagnants : défis et opportunités de la révolution digitale », et en 2012, « Les règles d'or en bourse ». En collaboration avec Paul Huybrechts, il a écrit en 2006 « Au pays des vieux », un livre portant sur le défi social et économique du vieillissement de la population.