Politique Monétaire
04.09.2019
Sylviane Delcuve Senior Economist

Et si Taux bas ne rimaient pas avec Economie à plat ?

Le monde entier regarde avec stupeur les taux d’intérêt chuter, et s’attend au pire en terme de croissance économique pour 2019 et 2020. Voici un raisonnement un peu différent, qui permettra peut-être de voir les choses de manière moins sombre.
 

Cet été, le thème à la mode a été celui d’un ralentissement inévitable de l’activité lié à la chute des taux d’intérêt qui s’est généralisée, même aux USA. Tout le monde ne voit pas les choses comme cela, et nous voulions partager une réflexion opposée avec nos lecteurs. Chacun se fera ensuite sa propre idée.

Des capitaux qui cherchent du rendement

Il y a de nombreuses régions du monde où les capitaux fuient car les taux y sont trop bas : c’est le cas en Europe, au Japon et dans les pays émergents, ce qui entraîne un déficit d’investissement et des perspectives économiques moroses. Le marché obligataire américain a largement bénéficié de ces flux capitaux, en quête de taux plus élevés. Ceci explique la belle tenue du dollar ces derniers temps, mais surtout la chute des taux longs outre-Atlantique. Celle-ci ne découlerait donc pas tant de la baisse des taux directeurs américains imposée par le président Trump à la Fed, mais surtout d’un phénomène d’offre et de demande. 

Le consommateur américain conserve par ailleurs un excellent moral, soutenu par la fermeté du marché du travail et par le sentiment que le gouvernement américain ne le laissera pas tomber. Les dépenses publiques américaines sont en pleine croissance et les réformes fiscales de Donald Trump, plutôt généreuses jusqu’ici, n’ont guère de raison de fléchir avant les élections de novembre 2020. Comme les dépenses des ménages représentent plus de 65% du PIB et les dépenses publiques environ 35%, voilà qui explique la bonne tenue des chiffres de croissance, du moins jusqu’ici.  

Coût de la guerre commerciale

Compte tenu des importations américaines en provenance de Chine ($480 milliards en 2018), une hausse des tarifs à 25% sur toutes les importations en provenance de Chine se traduirait par une facture alourdie de $120 milliards, ou quasi $1000 par famille environ, car les USA comptaient 127 millions de foyers en 2018.

Gains liés au refinancement des dettes

USA Total debt

Par ailleurs, si la dette hypothécaire américaine (environ $9000 milliards) est refinancée pour profiter d’un taux plus bas de 1% (c’est l’ordre de grandeur de la chute des taux longs sur les derniers mois), cela représente une économie annuelle de plus de $700 par famille. Et que dire du gain qui serait / sera généré grâce au refinancement de la dette des entreprises qui se monte à environ $15.000 milliards, ou encore pour le gouvernement américain, dont la dette dépasse les $21.000 milliards et qui a dépensé presque $500 milliards en charges d’intérêt en 2018. Dans ce contexte, il est rassurant de lire que le gouvernement américain envisage d’émettre des obligations à extra long terme (100 ans ?), ce qui signifie que les gains liés à la baisse actuelle des taux pourront perdurer dans le temps, un fameux bénéfice pour l’économie ! 

Des taux qui baissent n’annoncent donc pas forcément une récession. Il faut attendre de voir la suite. Ce qui est par contre évident, c’est qu’une solution pacifiste entre USA et Chine, qui permettrait d’éviter l’escalade sur les droits à l’importation serait une excellente nouvelle pour les consommateurs américains, surtout si les taux restent bas.

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne représentent pas nécessairement la position de BNP Paribas Fortis.
auteurs
Sylviane Delcuve Senior Economist
Master en Economie de l’ULB Economiste de la salle des marchés de la première banque du pays pendant 10 ans Responsable crédit pour les produits structurés. Nombreuses expériences dans l’enseignement : ULB, Solvay, ULG, HEC St Louis