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Macroéconomie
28.08.2019
Arne Maes Economic Advisor

PIB potentiel, une donnée manquant de stabilité

La BCE ne relèvera pas son taux de référence dans la prochaine période. Les banquiers européens estiment que l'économie a besoin d'une bouffée d'oxygène supplémentaire. Ils se basent notamment sur la notion de “production potentielle”. La manière de calculer celle-ci influence grandement, et la politique monétaire, et la politique budgétaire des années à venir.

Un point de référence invisible

La BCE vise une inflation proche, mais inférieure à 2%*. L'inflation sert d'échelle de mesure pour estimer la température de l'économie. Une inflation élevée est signe de surchauffe : la demande totale de biens et services est supérieure à l'offre et, du coup, le niveau des prix augmente plus rapidement. Inversement, ce qui correspond davantage à la situation actuelle, une inflation basse peut indiquer que le PIB est à la traîne par rapport à son niveau potentiel.

Cette production potentielle (en anglais, potential output) ne peut toutefois s'observer. Il s'agit d'une donnée théorique, calculée comme étant le niveau de production où l'inflation reste constante et l'offre et la demande totales sont donc en équilibre. En principe, c'est un critère de référence stable et seuls des changements structurels peuvent avoir une incidence sur le potentiel économique d'un pays. Une récente étude de la Banque Nationale montre toutefois que des éléments cycliques interviennent également dans la croissance potentielle, comme on le voit dans le graphique qui suit.

 

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Ce graphique montre que le PIB potentiel de la zone euro a été revu à la baisse dans les périodes 2007-2009 et 2011-2013. Un ajustement à la hausse est en revanche intervenu entre 2015 et 2019. En ce qui concerne les États-Unis, la production potentielle a constamment été ajustée à la baisse entre 2007 et 2017. Une étude du NBER parue en 2017 documente cette tendance pour les États-Unis et quelques autres pays. Les auteurs y étayent leur hypothèse, à savoir que la production potentielle aurait été revue trop à la baisse. Leur conclusion semble indiquer que le point de référence suit le mouvement et oscille aussi en fonction de la production

**. Cet état de choses a un impact important pour la politique à mener.

Déficit structurel

Les banquiers centraux modernes essaient d'approcher au plus près le niveau de production potentielle. Une fois atteinte, cette situation réunit le meilleur des deux mondes : une inflation stable et un faible taux de chômage. Une sous-estimation du PIB potentiel peut dès lors se traduire par une inflation de référence trop basse, susceptible, à son tour, de pousser les banques à fermer le robinet monétaire.

Par ailleurs, la production potentielle influence également les budgets des États-membres de l'Europe. En des temps économiquement difficiles, ceux-ci peuvent en effet descendre davantage dans le rouge. Une sous-estimation de la croissance potentielle réduit ainsi pour certains pays les possibilités d'obtenir le feu vert du gendarme budgétaire européen pour des investissements publics, par exemple.

 

* Le mandat de la BCE n'est pas le même que celui de la FED. La banque centrale américaine vise à la stabilité des prix mais aussi à un taux d'emploi élevé. Vu ainsi, l'objectif de la FED quant à l'inflation peut être qualifié de symétrique. On trouvera une explication plus complète dans une publication de L'Economist.

** Une récente publication de l'OCDE compare la sensibilité de la croissance potentielle à la conjoncture en appliquant différentes méthodes de calcul. Le mode de calcul de l'OCDE serait nettement plus fiable pour l'impact du cycle si l'on compare avec celui de la Commission européenne et du FMI.

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne représentent pas nécessairement la position de BNP Paribas Fortis.
Arne Maes Economic Advisor
Arne Maes (né en 1985 à Ekeren) détient un Master of Science en Ingénierie commerciale de l’université d’Anvers, avec spécialisation en politique économique. Au sein de la banque, Arne est expert en économie belge et travaille, de surcroît, à la création et l’entretien des modèles de prévision du service, ainsi qu’au développement de nouvelles idées de recherche. En savoir plus

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