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Politique
17.10.2017
Sylviane Delcuve Senior Economist

Ne pas confondre le Brexit des politiciens et celui des entreprises

La patronne d’Ikea au Royaume-Uni vient de faire une déclaration remarquée dans la presse à propos du Brexit : Elle demande une vraie période de transition pour que les entreprises puissent s’adapter à la nouvelle donne, elle demande au gouvernement de la clarté sur la suite et elle demande que tout soit fait pour protéger les entreprises d’une rupture brutale. Bref, Ikea redoute un « hard Brexit », et n’est pas seule dans ce cas.
 

Ce que pensent les uns et les autres : Ikea, CBI, les CFO …

La patronne d’Ikea au Royaume-Uni vient de faire une déclaration remarquée dans la presse à propos du Brexit : Elle demande une vraie période de transition pour que les entreprises puissent s’adapter à la nouvelle donne, elle demande au gouvernement de la clarté sur la suite et elle demande que tout soit fait pour protéger les entreprises d’une rupture brutale. Bref, Ikea redoute un « hard Brexit », et n’est pas seule dans ce cas. Les discussions relatives aux modalités du divorce patinent, alors que les patrons voudraient qu’on aborde le sujet qui les intéresse, à savoir la nouvelle organisation des relations commerciales entre les 2 côtés de la Manche.

Le CBI, la Confédération des Entreprises Industrielles, a déclaré hésiter très fort avant de valider de nouveaux investissements, par manque de clarté sur l’avenir. Son Chief Economist a rappelé que ce dont les entreprises avaient besoin, c’était des certitudes, et pas le flou artistique qui plane depuis des mois, alimenté par la lenteur des avancées des politiciens en charge de cet épineux dossier.

Deloitte vient de publier une étude, qui met en évidence qu’aux yeux des CFO interrogés, le Brexit représente aujourd’hui le risque le plus important: 30% des CFO interrogés comptent réduire leurs investissements à cause de ce risque, tandis qu’un tiers compte réduire les embauches. Le CEEMET (Conseil Européen des entreprises de métallurgie et des industries technologiques) qui représente plus de 200.000 entreprises industrielles actives en Europe vient de confirmer qu’une période de transition d’au moins 2 ans devait absolument être décidée d’ici la fin de cette année, afin de permettre à chacun d’y voir clair et de s’organiser. La période de transition doit permettre aux travailleurs de rester mobiles, afin de remplir les postes vacants, où qu’ils apparaissent dans ce nouveau paysage. Le CEEMET redoute que les chaines d’approvisionnement ne soient endommagées pour toujours en cas de « hard Brexit ».

La chute de la Livre complique la vie de tous  

La chute de la Livre depuis le vote du Brexit a considérablement compliqué la vie d’une firme comme Ikea UK, dont le succès depuis 30 ans repose sur la capacité à offrir des produits au meilleur prix à ses clients, surtout dans la conjoncture difficile que le pays traverse en ce moment. La chute de la Livre a en effet contraint Ikea à remonter ses prix, ce qui n’est pas vraiment dans la culture de la maison.

On le voit, le temps n’a visiblement pas la même valeur pour les politiciens, en charge des négociations du Brexit, et pour les patrons d’entreprises, qui visent la continuité et la stabilité avant tout. Personne ne remet en doute les priorités de ce divorce : la note doit être réglée, certes, mais il faut avant tout penser au vrai moteur des économies : les entreprises et leur environnement.

La conjoncture anglaise pourrait se figer

Depuis le vote du Brexit, la croissance anglaise s’est ralentie, alors qu’elle s’est plutôt accélérée ailleurs en Europe, l’inflation frôle les 3%, au point que la banque centrale va bientôt se trouver face à un gros dilemme, et on le sent bien, le pays pourrait rapidement se figer, si une vraie période de transition, dans laquelle les règles seront bien établies, n’était pas mise en route rapidement. 

 

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne représentent pas nécessairement la position de BNP Paribas Fortis.
auteurs
Sylviane Delcuve Senior Economist
Master en Economie de l’ULB Economiste de la salle des marchés de la première banque du pays pendant 10 ans Responsable crédit pour les produits structurés. Nombreuses expériences dans l’enseignement : ULB, Solvay, ULG, HEC St Louis