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Microéconomie
04.05.2022
Arne Maes Senior Economist

Les bananes sont-elles néfastes pour le climat ?

Quel est l’objectif de Mike Berners-Lee (frère de Timothy, principal inventeur du World Wide Web) ? Déterminer l’empreinte écologique de tout ce qui nous entoure. Un travail de Titan pour suivre la production et remonter la chaîne logistique de tous ces biens. Mais le résultat est à la hauteur du travail : nous connaissons aujourd’hui le coût écologique de chacun de nos achats ou actions imaginables ainsi que le budget que nous y avons consacré (pour l’instant). Ce livre est un guide pour chacun d’entre nous.

La Terre se réchauffe à cause de l’activité humaine. Il a fallu plus d’un siècle pour que cette conclusion soit admise*. Nous ne pouvons plus nous permettre d’attendre aussi longtemps pour décider de qui doit consentir quel effort. Avec son livre, How Bad Are Bananas?, Berners-Lee nous fournit les armes pour lutter chaque jour contre le changement climatique.

Co2e

Les économistes pensent que nous prenons nos décisions sur la base du prix des biens et du budget disponible. Berners-Lee nous fournit les deux.

Dans le premier chapitre de son ouvrage, il nous présente sa méthodologie. La pollution peut prendre plusieurs formes avec en plus du carbone, des particules fines, de l’azote et d’autres gaz. Dans le livre, tout est exprimé en CO2e, c’est-à-dire en équivalent dioxyde de carbone. Par exemple, l’émission de 1 kg de méthane a le même impact climatique que celle de 25 kg de CO2. C’est sur cette base que Berners-Lee a calculé le coût écologique de tout ce qui se trouve sur Terre, de l’envoi d’un SMS (1 g) à la consommation d’un cheeseburger (3 kg), en passant par la construction d’une maison (32 tonnes).

Depuis le début de la pandémie, nous nous lavons les mains beaucoup plus souvent. L’usage d’un séchoir électrique, comme ceux qui sont installés dans de nombreux sanitaires au bureau, coûte 10 g de CO2e, soit autant qu’une serviette en papier. Mais qui n’en utilise qu’une seule ?

Laver la vaisselle à la main en utilisant le moins d’eau possible coûte 350 g, mais si le robinet d’eau chaude reste ouvert, l’impact CO2e est multiplié par dix ! Dans ce cas, le lave-vaisselle utilisé en mode éco devient beaucoup plus intéressant, avec un peu moins de 500 g de CO2e par cycle de lavage.

A l’approche de l’été, les vendeurs de crème glacée reprennent la route. Une boule de glace vanille ou chocolat achetée à un glacier ambulant sur le front de mer représente 500 g. Le moteur au diesel ou à l’essence qui maintient la glace à bonne température n’a rien à envier aux grands frigos des supermarchés, où une sucette glacée représente à peine 70 g de CO2e.

Le livre donne un aperçu de nombreuses dépenses et comportements et nous confronte à leur coût écologique.

  • Un café latte (au lait de vache) au bar : 660 g.

  • Le journal du week-end que l’on recycle après l’avoir lu : 2 kg

  • Trajet domicile-lieu de travail de 50 km trois fois par semaine en voiture : un peu moins de 100 kg.

Budget

Mais ces prix ne représentent pas grand-chose si nous ne connaissons pas notre budget.

L’objectif **: 5 tonnes max de CO2e par an. Du moins, pour l’instant car, à terme, nos émissions devront être nulles et probablement même négatives. A l’heure actuelle, les Belges émettent en moyenne 8 tonnes de CO2e par an. C’est beaucoup moins que les Américains (15 tonnes), mais beaucoup plus que la moyenne mondiale de 5 tonnes.

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En moyenne, un Occidental*** dépense près de 25% de son budget de CO2e à l’alimentation. Outre l’importance d’éviter les produits d’origine animale, le gaspillage (22% !) joue également un rôle important. 25% de notre budget sont consacrés à notre habitation, essentiellement au chauffage, 25% sont consacrés aux voyages et plus généralement à nos modes de déplacement. Le solde (« divers ») porte sur les achats non alimentaires, les loisirs et les soins de santé.

Homo ecologicus

Berners-Lee n’évite pas les faiblesses de son approche. Il tente de cartographier l’impact total des activités humaines, ce qui mène parfois à d’étranges conclusions. Par exemple, l’usage du vélo semble plus écologique que la voiture pour de courtes distances… sauf si l’énergie utilisée pour pédaler provient d’un gros steak.

En outre, nous ne savons toujours pas dans quelle mesure les émissions de gaz à effet de serre à haute altitude (comme les moteurs d’avions) sont réellement plus nocives. C’est tout à l’honneur de Berners-Lee d’expliquer systématiquement ses estimations (conservatrices) en toute transparence.

Dans l’ensemble, le livre doit être considéré comme un manuel crédible pour l’homo ecologicus. Il permet à chacun d’apporter sa pierre à l’édifice, dans le cadre de ses propres ressources et préférences, et de contribuer à la réduction des émissions collectives.

Et les bananes ? Eh bien, avec 110 g de CO2e, elles semblent être un des moyens les plus respectueux de l’environnement d’absorber des calories et des vitamines.

 

* Dans un article publié en 1896, Svante Arrhenius spéculait déjà sur l’impact des carburants fossiles sur la température de la Terre :

** Berners-Lee reconnaît que cet objectif est provisoire. Dans une version précédente de son livre, il parlait de 10 tonnes per capita.

*** Berners-Lee a réalisé l’exercice pour la Gra

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne représentent pas nécessairement la position de BNP Paribas Fortis.
Arne Maes Senior Economist
Arne Maes (né en 1985 à Ekeren) détient un Master of Science en Ingénierie commerciale de l’université d’Anvers, avec spécialisation en politique économique. Au sein de la banque, Arne est expert en économie belge et travaille, de surcroît, à la création et l’entretien des modèles de prévision du service, ainsi qu’au développement de nouvelles idées de recherche. En savoir plus

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