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Politique Monétaire
03.03.2017
Arne Maes Economic Advisor

Lequel des trois ?

Cet automne se tiendra en Chine le Congrès National, qui a lieu tous les cinq ans. Les leaders du parti se réunissent pendant une semaine dans le « Great Hall of the People ». On y prend d’importantes décisions, tant sur le plan politique qu’économique.

Il ne fait aucun doute que la situation du Yuan – la devise chinoise – se retrouvera au menu des discussions. Ces derniers temps, la monnaie chinoise a perdu régulièrement de sa valeur, sous l’impulsion d’un dollar en hausse. La perte de pouvoir d’achat est très gênante pour les dirigeants chinois, qui tentent précisément de relancer la consommation intérieure (cf. l’article de Sylviane Delcuve).

Quelles sont les choix qui attendent le gouvernement?

La théorie de « l’impossible trinity » de l’économiste américain Robert Mundell illustre à merveille la situation à laquelle les décideurs chinois seront confrontés. Elle prévoit que maximum deux des trois objectifs suivants peuvent être atteints en même temps : cours de change stables, libre circulation des capitaux et politique monétaire indépendante.

La plupart des pays occidentaux ont fait le choix de la libre circulation des capitaux. Pour maintenir une relative stabilité de la devise, la politique monétaire doit donc s’adapter aux deux premiers objectifs. Par exemple, en cas d’afflux trop importants de capitaux internationaux – et donc d’une hausse de la demande de la devise locale – la menace d’appréciation peut être évitée par une baisse des taux.

La Chine doit elle aussi faire cette analyse

Tout d’abord, le pays a promis ces dernières années de réduire progressivement le contrôle des capitaux. Cette libéralisation est considérée comme une étape importante vers le statut de super puissance économique.

Ensuite, pour soutenir la demande intérieure, les décideurs appliquent un taux bas. Le taux d’intérêt réel en Chine flirte avec 0%. Les investisseurs qui sont à la recherche de rendement se tournent donc vers l’étranger et vendent leurs Yuans sur le marché international, ce qui plombe la monnaie.

Conséquence : le troisième objectif – la stabilité du cours de change – est donc compromis. La banque centrale chinoise utilise ses propres devises étrangères pour acheter du Yuan, dans l’espoir de freiner sa chute. Depuis le début 2015, les réserves chinoises ont baissé de près de 1.000 milliards de dollars, mais le Yuan continue à baisser. Certaines sources indiquent que ces réserves pourraient être totalement épuisées dans les deux ans, même si cette probabilité est faible.

La Chine devra donc choisir entre une dévaluation (contrôlée) du Yuan et la réintroduction du contrôle des capitaux. Car personne n’a de solution à l’équation de « l’impossible trinity ».

170303 - EE
Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne représentent pas nécessairement la position de BNP Paribas Fortis.
auteurs
Arne Maes Economic Advisor
Arne Maes (né en 1985 à Ekeren) détient un Master of Science en Ingénierie commerciale de l’université d’Anvers, avec spécialisation en politique économique. Au sein de la banque, Arne est expert en économie belge et travaille, de surcroît, à la création et l’entretien des modèles de prévision du service, ainsi qu’au développement de nouvelles idées de recherche.