Politique Monétaire
20.09.2017
Sylviane Delcuve Senior Economist

Le banquier des banques centrales est inquiet et le fait savoir

Le piège de la dette pourrait être en train de se refermer sur certaines entreprises. La question a 1000 milliards de dollars du responsable monétaire de la BRI est sans réponse.
  

La banque des Règlements Internationaux (la BRI) est un organisme qui fut créé en 1930, entre autre, pour assurer la distribution des fonds liés à la reconstruction européenne après la guerre. Elle est installée à Bâle, et est un important lieu de dialogue entre grandes banques centrales du monde. La BRI aide les banquiers centraux à mener à bien leur politique de stabilité monétaire et centralise aussi la collecte et la publication de nombreuses données statistiques sur l’activité bancaire et les marchés financiers.  A cet égard, son dernier rapport trimestriel, publié le 15 septembre, est très instructif, car deux thèmes importants y sont abordés de manière assez surprenante, ce qui pousse à la réflexion. Le premier traite du fait que le « piège de la dette pourrait être en train de se refermer sur les entreprises » car le désendettement attendu après la crise de 2008 n’a finalement pas eu lieu. Le second se penche sur ce que son responsable du Département monétaire et économique appelle « une question à 1000 milliards de dollars », à savoir : pourquoi l’inflation est-elle aussi basse dans le monde alors que les économies approchent ou dépassent les estimations de plein emploi et que les banques centrales déploient des efforts sans précédent pour la soutenir. La BRI conclut qu’il est préoccupant que personne ne connaisse la réponse à cette question.

Développons ces deux thèmes :

La vulnérabilité des bilans de certaines entreprises

Après la crise financière de 2008, le désendettement attendu n’a pas vraiment eu lieu, et les niveaux de la dette mondiale en proportion du PIB ont continué de monter, avec une dette publique qui a pris le relais, là où la dette privée avait diminué. La BRI signale aussi que l’endettement des pays émergents a doublé entre 2007 et fin 2016, et signale dans la foulée que l’endettement mondial est peut-être bien sous-évalué de quelque 13.000 milliards de USD, parce que les pratiques comptables traditionnelles ne prennent pas en compte les produits dérivés, utilisés sur le marché des changes, pour les couvertures du commerce international. La BRI signale aussi que certaines entreprises lourdement endettées, qui bénéficient de taux bas pour le moment, pourraient se retrouver en difficulté si les banques centrales décidaient de resserrer leur politique monétaire. Plusieurs indicateurs avancés signalent déjà des difficultés, car les ratios du service de la dette ne sont bas que parce que les taux sont bas. La BRI conclut que l’augmentation du pourcentage d’entreprises dont les bénéfices ne peuvent couvrir le service de la dette n’est pas de bon augure et se demande ce qu’il se passera quand les taux monteront.

L’inflation manquante : Une question à 1000 milliards de dollars

Malgré tous les efforts des banques centrales depuis plusieurs années, et malgré les progrès indéniables de la croissance économique dans le monde, la BRI constate une absence flagrante d’inflation et ne l’explique pas. Pourtant, l’inflation guide l’action des banques centrales et son évolution déterminera la trajectoire de l’économie mondiale dans les prochaines années, ainsi que, selon toute probabilité, l’avenir des cadres actuels de politique publique. Il est donc préoccupant que personne ne connaisse la réponse à cette question à 1000 milliards de dollars. 

Pour en savoir plus :

https://www.bis.org/publ/qtrpdf/r_qt1709b.pdf en anglais et https://www.bis.org/publ/qtrpdf/r_qt1709b_fr.pdf en français.

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne représentent pas nécessairement la position de BNP Paribas Fortis.
auteurs
Sylviane Delcuve Senior Economist
Master en Economie de l’ULB Economiste de la salle des marchés de la première banque du pays pendant 10 ans Responsable crédit pour les produits structurés. Nombreuses expériences dans l’enseignement : ULB, Solvay, ULG, HEC St Louis