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Microéconomie
24.08.2023
Arne Maes Senior Economist

L’IA est-elle synonyme de création d’emplois ?

Les nouvelles technologies menacent-elles l’emploi ? C’est ce que nous lisons régulièrement dans les journaux. En outre, déjà bien implantée dans nos sociétés depuis la fin de l’an dernier, la révolution de l’IA a également atteint le grand public. Cette attention est en grande partie due à l’arrivée des chatbots, alors que l’IA existait depuis bien plus longtemps. C’est pour cette raison que plusieurs chercheurs ont profité de ce moment pour mesurer l’impact réel de l’IA sur le marché de l’emploi. Au cours des dix années ayant précédé la crise du coronavirus, cet impact se révèle plutôt positif, en particulier dans notre pays.

Théorie

Dans « New Technologies & Jobs in Europe », les chercheurs Stefania Albanesi, António Dias da Silva, Juan F. Jimeno, Ana Lamo et Alena Wabitsch ont fait des recherches sur l’impact de l’IA et d’autres solutions logicielles plus traditionnelles à la fois sur l’emploi et les salaires. Ils ont passé au crible différents types de métiers dans 16 pays européens (dont la Belgique) entre 2011 et 2019. La relation entre « exposition à l’IA » et « emploi » les a particulièrement frappés*.

Pour mesurer cette exposition, ils se sont appuyés notamment sur les travaux de Michael Webb, qui a établi le lien entre les descriptions d’emplois et le langage utilisé dans les demandes de brevets et licences liées à l’IA. Cela lui a permis de déterminer quelles tâches – et donc quels emplois – sont les plus susceptibles d’être impactés par l’IA. Mais quel est cet impact ?

Dans la littérature économique, une nouvelle technologie a traditionnellement trois types d’impact possibles sur l’offre d’emploi :

  1. Destructions d’emplois : une technologie comme la chaîne de montage peut réduire les besoins en personnel.

  2. Gains de productivité : une technologie peut aider à produire plus ou mieux.

  3. Réorganisation : une combinaison des deux.

Pratique

Les auteurs ont utilisé entre autres l’exposition à l’IA de Webb pour calculer l’impact de l’IA sur le marché de l’emploi. Le graphique ci-dessous résume les conclusions. Sur la partie gauche du graphique, on constate que la plupart des pays (à l’exception de la Grèce) ont connu un impact positif significatif. En d’autres termes, l’augmentation du recours à l’IA a augmenté le nombre d’emplois. Selon les auteurs, cela vaut surtout pour les travailleurs jeunes et diplômés de l’enseignement supérieur.

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L’impact sur les salaires (partie droite du graphique) est moins univoque, avec beaucoup d’hétérogénéité entre les pays. On peut aussi constater que la relation positive entre IA et emploi est supérieure en Belgique par rapport à la moyenne des 16 pays étudiés. Seuls l’Estonie et le Luxembourg font mieux que nous.

Les auteurs expliquent cette hétérogénéité par les différences observées au niveau de la diffusion des technologies (la vitesse à laquelle elles trouvent leur place dans la société) et des régulations du marché. En ce qui concerne notre pays, il est intéressant de noter que l’excellente qualité de notre enseignement et les réglementations de travail très strictes peuvent expliquer l’impact positif des technologies sur l’emploi.

* Pour les logiciels, les auteurs n’ont pas observé de relation claire. Ils ont postulé que les effets positifs de la digitalisation de certains processus étaient déjà derrière nous et n’étaient donc pas visibles pour la période étudiée. Il est possible qu’il en soit de même avec l’IA, à savoir un impact comparable (précoce), suivi par un impact neutre (ultérieur).


Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne représentent pas nécessairement la position de BNP Paribas Fortis.
Arne Maes Senior Economist
Arne Maes (né en 1985 à Ekeren) détient un Master of Science en Ingénierie commerciale de l’université d’Anvers, avec spécialisation en politique économique. Au sein de la banque, Arne est expert en économie belge et travaille, de surcroît, à la création et l’entretien des modèles de prévision du service, ainsi qu’au développement de nouvelles idées de recherche. En savoir plus

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