Rapport du WGC
Le World Gold Council (WGC) réalise depuis quelques années une enquête annuelle pour connaître les intentions des banques centrales en matière d’achats d’or. Il est vrai que le métal jaune attire à nouveau tous les regards, tant son prix ne cesse de grimper. On a longtemps pensé que lorsque le prix de l’or montait, c’était parce que les investisseurs se méfiaient de l’avenir. Il semble aujourd’hui qu’une bonne part de cet engouement pour le métal jaune soit lié aux achats massifs de la part des banques centrales. Ce sont d’abord les pays émergents qui s’y sont mis, après la crise financière de 2008, mais les pays développés s’y mettent aussi.
D’après la dernière enquête du WGC, les banques centrales des économies avancées s'attendent à ce que la part de l'or dans les réserves mondiales augmente au détriment du dollar américain, car ces institutions cherchent à suivre l'exemple des marchés émergents en achetant des lingots. Près de 60% des banques centrales des pays riches pensent que la part de l'or dans les réserves mondiales augmentera au cours des cinq prochaines années, contre 38% en 2023.

Environ 13% des économies avancées prévoient d'augmenter leurs réserves d'or courant 2025, contre environ 8% l'année dernière, ce qui en fait le niveau le plus élevé depuis le début de l'enquête, en 2018. Ce chiffre montre également que les pays développés s’apprêtent à suivre l’exemple donnés par les banques centrales des marchés émergents, qui ont été les principaux acheteurs d'or depuis la crise financière mondiale de 2008.
La valeur-refuge
La demande d'or, qui survient malgré la hausse récente de son prix, souligne l’ampleur des inquiétudes par rapport au contexte géopolitique tendu et à l’inflation qui continue de miner la confiance dans de nombreuses régions du monde. Les banques centrales cherchent aussi à diversifier leurs avoirs en dehors du dollar par le biais d’actifs alternatifs, après que les États-Unis ont utilisé leur monnaie comme arme dans les sanctions contre la Russie.
L'enquête menée par le WGC est très instructive car il est généralement très difficile de savoir ce que pensent et ce que font vraiment les gestionnaires de réserves des banques centrales. L’édition 2024 de l’enquête nous apprend que près de 30% des gestionnaires interrogés disent vouloir augmenter leurs réserves d'or au cours des 12 prochains mois. Ce pourcentage monte même jusqu’à 40% quand on regarde uniquement les pays émergents.
Les principales raisons invoquées par les banques centrales pour détenir de l'or sont sa valeur à long terme, sa performance en période de crise et son rôle de "diversificateur" efficace. Les banques centrales ont ajouté plus de 1.000 tonnes d'or à leurs réserves en 2022 et en 2023, selon le WGC. Les sanctions américaines sur les actifs russes libellés en dollars ont provoqué une ruée des institutions financières officielles non occidentales vers les lingots – dont la valeur ne dépend d'aucun gouvernement ou banque, contrairement aux monnaies fiduciaires.
La fin du roi « dollar »

La part du dollar dans les réserves de change mondiales – à l'exclusion de l'or – a chuté de plus de 70% en 2000 à environ moins de 50% aujourd’hui. Bien que la Chine souhaite depuis longtemps que sa devise prenne une part plus importante dans les réserves des autres banques centrales, le renminbi ne représente que 2% du total. Les incertitudes qui pèsent sur l'économie chinoise font que le pourcentage de pays qui prévoient d’augmenter sa part dans leurs réserves a même diminué, passant de 79% en 2023 à 59% en 2024.
Avenir radieux pour l’or ?
Il est toujours difficile de faire des prévisions, mais les tendances mises en évidence par l’enquête du WGC, auxquelles il faut ajouter le chaos mondial actuel en matière de géopolitique et la confusion qui risque de planer sur l’Europe au lendemain des élections européennes du 9 juin, devraient garantir un avenir plutôt radieux au métal jaune.