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Macroéconomie
02.05.2017
Arne Maes Economic Advisor

L’Aléna : quels sont les avantages éventuels d’une renégociation ?

D’après ce qu’on dit, le président Trump a failli déclencher la semaine passée la rupture de l’Aléna, l’Accord de libre-échange nord-américain. Politique capricieuse ou coup de maître astucieux ?

Le Canada et le Mexique constituent pour les États-Unis deux partenaires commerciaux cruciaux. Les graphiques ci-dessous montrent l’accroissement considérable des flux de biens et de services entre les trois pays depuis la signature de l’accord. Plusieurs chaînes de production dépassent les frontières : non seulement ces pays font du commerce, mais en plus, ils produisent ensemble. Selon une étude effectuée en 2011, au moins 40 % de la valeur ajoutée des exportations mexicaines vers les États-Unis découlerait ainsi des États-Unis eux-mêmes. Autrement dit, les États-Unis exportent des produits intermédiaires pour les réimporter plus tard sous forme de produits finis.

L’industrie automobile en est le meilleur exemple. En 2015, les États-Unis ont importé pour 78 milliards de voitures du Mexique. Il s’agit de loin du principal flux commercial dans ce sens-là entre ces deux pays. En l’absence de cette dynamique, le déficit commercial vis-à-vis du Mexique disparaîtrait entièrement.

C’est ce qu’a confirmé une étude menée par l’OCDE. Le déficit commercial total vis-à-vis du Mexique chute brusquement lorsqu’il est exprimé en termes de valeur ajoutée, ce qui souligne une nouvelle fois à quel point les processus de production sont entremêlés.

Finalement, l’Aléna semble plutôt une bonne chose pour les États-Unis. Une renégociation pourrait donc être une bonne idée en soi, à condition qu’ils soient eux-mêmes en position de force… mais cela ne semble pas être le cas.

Les importations mexicaines génèrent beaucoup d’emplois aux États-Unis. Une étude récente a montré que plus de 5 millions de travailleurs américains dépendent du commerce avec leurs voisins du sud. En mettant un terme à l’Aléna, ces emplois seraient mis en péril.

Par ailleurs, une autre limitation entre en jeu dans le cas d’une rupture de l’accord.

Les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) fixent les taxes maximales à l’importation pour tous les membres de l’alliance. Au passé, les États-Unis se sont engagés avec d’autres pays occidentaux à appliquer des taxes toujours plus basses. Le Mexique n’était pas parmi ces pays, et pourrait donc facturer en moyenne jusqu’à 35 % de taxes sur les importations en provenance de pays avec lesquels il n’a pas conclu d’accord privilégié.

Le graphique ci-dessous montre clairement que si les taxes standard entraient en vigueur, l’exportation des États-Unis vers le Mexique serait la première à subir des dommages. Autrement dit, selon les règles actuelles de l’OMC, le champ de manœuvre du Mexique est tout simplement bien plus grand que celui des américains.

Mais il ne faut même pas en arriver là. Au début de cette année, Handley et Limão ont étudié l’impact économique du risque accru d’une guerre commerciale. La menace d’une taxe majorée sur les propres exportations peut à elle seule suffire pour faire diminuer le commerce et les investissements dans le pays d’origine.

Vus ainsi, les intérêts qu’une renégociation pourrait offrir aux États-Unis sont soudain beaucoup moins clairs.

Quoi qu’il en soit, Trump devra d’abord nommer son représentant au Commerce. La semaine dernière déjà, le comité financier du sénat a donné le feu vert pour la nomination de Robert Lighthizer. On prévoit que sa nomination sera approuvée dans deux semaines par l’ensemble du sénat. Ensuite, il devra se dépêcher pour prendre l’avion… Ou n’est-ce pas la meilleure idée, finalement ?

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Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne représentent pas nécessairement la position de BNP Paribas Fortis.
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Arne Maes Economic Advisor
Arne Maes (né en 1985 à Ekeren) détient un Master of Science en Ingénierie commerciale de l’université d’Anvers, avec spécialisation en politique économique. Au sein de la banque, Arne est expert en économie belge et travaille, de surcroît, à la création et l’entretien des modèles de prévision du service, ainsi qu’au développement de nouvelles idées de recherche.