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Macroéconomie
15.10.2020
Sylviane Delcuve Senior Economist

Faillites: La banque des banques centrales tire la sonnette d’alarme

La banque des banques centrales vient de tirer la sonnette d'alarme à propos des faillites à venir dans le monde et elle n'est pas la seule.

La Banque des Règlements internationaux est le banquier des banques centrales. Cette institution a notamment pour mission de surveiller l’évolution des marchés financiers et d’évaluer les moyens à mettre en œuvre pour prévenir les risques de crise financière. Dans ce cadre, elle scrute en permanence les niveaux d’endettement et la qualité des débiteurs. L’institution vient de tirer la sonnette d’alarme à propos des faillites à venir dans le monde et elle n’est pas la seule.

Les banques ont répondu présent

Selon la dernière étude de la BRI, le pire serait à venir en matière de faillites, même si pour l’instant, leur nombre reste limité, en grand partie grâce au soutien massif des gouvernements et des autorités financières. Les prêts garantis par l’Etat, distribués par les banques dans de nombreux pays en Europe ont permis d’alimenter la trésorerie des entreprises pour traverser sans trop d’encombres les premiers mois de la crise sanitaire.

La BRI insiste sur le fait que les allègements prudentiels octroyés par les superviseurs bancaires ont permis aux établissements financiers de prêter plus largement, ce qui est une très bonne chose vu la violence du choc « Covid ».

Faillites et hausse du chômage en vue

Mais la BRI pense que ce n’est qu’une question de temps avant que la situation ne s’aggrave sur le front des faillites et donc du chômage, compte tenu de l’ampleur du choc. Selon ses estimations, le nombre de faillites pourrait bondir de 20% en 2021, par rapport à 2019, ce qui accélèrerait le chômage, puisque selon ses calculs, le chômage augmente trois fois plus si la baisse du PIB s’accompagne d’un mouvement similaire, à la hausse, des faillites.

En Belgique, la BRI s’attend ainsi à une hausse moyenne de 18%  du nombre de faillites sur la période 2020-2021 par rapport à 2019. Il est intéressant de noter que cette semaine, plusieurs autres banques centrales, dont la Banque de France ont fait écho à ces inquiétudes au sujet des défauts à venir. L’agence de rating Moody’s vient également de publier un rapport selon lequel un nombre croissant d’entreprises seraient devenues des zombies, comprenez des entreprises qui ne doivent leur survie qu’aux taux bas et aux aides obtenues des gouvernements et des banques. Selon cette agence, 15% des entreprises cotées en bourse dans 14 pays riches seraient des zombies, contre à peine 4% à la fin des années 80.

Taux de défaut doublé dans les entreprises les plus vulnérables

La BRI explique également dans cette note que le pic en terme de faillites est généralement atteint deux ans après le déclenchement de la crise. Le taux de défaut des entreprises les plus risquées a d’ailleurs déjà doublé par rapport à la période pré-crise, passant de 3.2% à 6.4% selon Moody’s, qui n’exclut pas que le chiffre de 15% soit atteint d’ici mars 2021.

speculative grade defaults

Attention à la transmission au secteur bancaire

La BRI pointe enfin le danger de voir les choses se dégrader en cas de transmission au secteur bancaire : Les banques ont répondu présent, afin d’alimenter en crédit les entreprises au début de la crise et c’est une très bonne chose. Elles ont néanmoins été contraintes de provisionner des sommes record au premier semestre pour faire face aux éventuels défauts. Le montant des provisions pour impayés représente à présent 8% des fonds propres des grandes banques, ce qui est 4 fois plus qu’en 2019. La BRI s’inquiète enfin de l’impact d’une nouvelle dégradation de la qualité du crédit sur les bilans des banques. Il faut en effet qu’elles conservent leur capacité à venir en aide aux entreprises à l’avenir. Les résultats trimestriels des banques vont tomber prochainement …. On devrait y voir plus clair.  


Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne représentent pas nécessairement la position de BNP Paribas Fortis.
Sylviane Delcuve Senior Economist
Master en Economie de l’ULB Economiste de la salle des marchés de la première banque du pays pendant 10 ans Responsable crédit pour les produits structurés. Nombreuses expériences dans l’enseignement : ULB, Solvay, ULG, HEC St Louis En savoir plus

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