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Politique
25.08.2017
Koen De Leus Chief Economist

Exit Brexit: mission improbable mais pas impossible

Son père l’a vu arriver au loin. Il a eu pitié et s’est lancé à la rencontre de son fils, l’a pris dans ses bras et l’a embrassé. […] « Revêtons-le des plus beaux habits, mettons lui une bague au doigt et donnons-lui des sandales. Amenez le veau gras et tuez-le. Mangeons et faisons la fête, car ce fils était mort et il est ressuscité. Il était perdu, et nous l’avons retrouvé. » Et ils ont fait la fête.

L’enfant prodigue


La parabole de « l’enfant prodigue » ressemble au rêve – irréaliste – des adeptes du « Remain » en Grande Bretagne. Le flop des élections anticipées provoquées par la première ministre britannique Theresa May a redonné du courage au camp des anti-Brexit, qui lâchent régulièrement des ballons dans l’air pour plaider en faveur d’un « exit from Brexit ». « Il faut absolument stopper le Brexit », a déclaré tout récemment Tony Blair, l’ancien Premier Ministre de Grande Bretagne. Mais est-ce encore possible ?
Lorsque l’article 50 – la demande officielle – entrera en vigueur, il ne pourra plus être modifié unilatéralement. Concrètement, Theresa May pourra toujours envoyer une lettre au Conseil de l’Europe indiquant que le Royaume Uni souhaite finalement rester au sein de l’UE (« avec ses plus plates excuses pour les problèmes que cela a pu causer »). Ce sera alors aux 27 pays restants de l’UE de décider s’ils donnent ou non leur accord. Mais tout le monde n’est pas prêt à le faire.

La vie continue


Après le premier choc qui a suivi le référendum, l’ancien premier ministre de Slovaquie, Mikulas Dzurinda, avait déclaré sans ambiguïté : « Nous ne devons pas alimenter de faux espoirs auprès de ceux qui pensent que le processus de sortie de l’Europe de la Grande Bretagne peut encore être arrêté. » Editions Aedis, un éditeur français de livres scolaires, a publié en mai son nouveau livre sur l’EU. On peut y lire que l’Europe ne compte plus que 27 Etats Membres au lieu de 28. Le divorce officiel n’aura pourtant lieu qu’en mars 2019.
La vie continue. Le président français Macron a des plans ambitieux pour l’Europe après la probable réélection d’Angela Merkel en tant que Chancelière en septembre prochain. Pour Paris et Francfort, le Brexit représente également une occasion unique de construire un centre financier à l’intérieur des frontières de la zone euro. Vont-ils mis ces projets au frigo pour se montrer conciliants face aux difficiles Britanniques ?
Et un des 27 Etats Membres ne pourrait-il faire remarquer à juste titre qu’il est temps d’en finir avec les réductions historiques accordées aux Britanniques dans le cadre du budget européen ? Ce qui pose la question suivante pour les politiciens britanniques : comment expliquer aux partisans du Brexit que le référendum c’était pour rire, et qu’ils vont devoir payer une note salée pour mettre fin à cette blague ?

Demande d’adhésion


« Si vous pensez que le Brexit est un bazar, soyez certain qu’un ‘exit from Brexit’ ne sera pas différent », écrit l’éditorialiste Wolfgang Munchau dans le Financial Times. Une solution peut-être plus élégante d’après lui, serait de recourir à l’article 49 du traité de Lisbonne : l’introduction d’une nouvelle demande d’adhésion. Elle ne sera possible qu’à partir de mars 2019, après le divorce officiel. L’avantage pour les 27 autres Etats Membres, c’est que les négociations commenceront sur de nouvelles bases, sans ristournes et exceptions pour le Royaume Uni.
Il n’en reste pas moins que l’idée de faire une nouvelle demande d’adhésion à l’Europe – juste après la sortie – ne sera pas facile à faire passer dans la population britannique. Il faudra peut-être attendre quelques années. Pour le moment, les fausses promesses des partisans du Brexit ont été percées à jour. Il est possible que les Britanniques aient déjà eu un avant-goût des conséquences réelles du Brexit. Par exemple, les bons résultats de l’économie britannique du deuxième semestre de 2016 ont fait place à un recul de la consommation. Ces prochaines années, la pénurie criante de médecins et de personnel soignant pourrait prendre le pas sur la question de la migration. Un référendum – non pas sur le retrait du Brexit – mais sur une demande de nouvelle adhésion, aurait davantage de chances de passer.

Période de transition


Dans ce scénario, il sera capital de prévoir une période de transition. Contrairement à la situation d’il y a quelques mois, le Royaume Uni a compris qu’il ne sera vraisemblablement pas possible de négocier un nouvel accord de libre échange avec l’UE avant la date butoir de mars 2019. Sans accord à cette date, les entreprises iront droit dans le mur. C’est ce qui explique que les Britanniques soient aujourd’hui demandeurs d’une période de transition de quelques années. Idéalement, tout resterait en l’état au cours de cette période. Et cela faciliterait la réintégration du Royaume Uni en cas de nouvelle demande d’adhésion.
Le Brexit est un jeu sans gagnants. ‘Regrexit’ – « qu’avons-nous fait ? » – joue de plus en plus dans les têtes des Britanniques. Un scénario où les Britanniques demanderaient le retrait de l’article 50 avant mars 2019, semble politiquement infaisable. Il n’est d’ailleurs pas dans la nature des politiciens de leur réserver un accueil chaleureux, à l’instar du père de l’enfant prodigue. Y compris en Grande Bretagne, l’idée ne passerait pas, si peu de temps à peine après le référendum sur le Brexit. Une nouvelle demande d’adhésion disons entre 2021 et 2022 aurait peut-être des chances de passer. La période de transition sollicitée ces derniers jours par le gouvernement britannique est sans doute le pont qui y mène.

Les opinions exprimées dans ce blog sont celles des auteurs et ne représentent pas nécessairement la position de BNP Paribas Fortis.
auteurs
Koen De Leus Chief Economist
Koen De Leus (Bonheiden, 1969) détient un diplôme de master en sciences commerciales de la Economische Hogeschool Sint-Aloysius (EHSAL). Depuis septembre 2016, il occupe le poste d’économiste en chef au sein de BNP Paribas Fortis. Il est également professeur invité de la EHSAL Management School, notamment dans le domaine de la finance comportementale. En 2017, Koen a publié son livre « L'économie des gagnants : défis et opportunités de la révolution digitale », et en 2012, « Les règles d'or en bourse ». En collaboration avec Paul Huybrechts, il a écrit en 2006 « Au pays des vieux », un livre portant sur le défi social et économique du vieillissement de la population.