Réduction par les moyens traditionnels
Les dettes publiques des économies développées sont passées de 112% à 131% du PIB sur les 3 derniers trimestres. Depuis 2000, elles ont plus que doublé.
Pour réduire l’endettement public, la méthode conventionnelle de ces 3 dernières décennies consistait à faire des économies et des réformes et à pratiquer une politique monétaire souple pour atténuer la douleur. Après 2008, cela s’est soldé par la reprise économique la plus faible de l’histoire moderne, des inégalités qui se creusent et les taux d’intérêt les plus bas de ces 700 dernières années. Le médicament n’agit plus.
Des idées ont été suggérées récemment, comme la radiation des dettes publiques au bilan des banques centrales, ou le refinancement par des emprunts perpétuels. Les esprits semblent ne pas être mûrs pour cela. Avec les taux d’intérêt ultra bas, nous sommes de plus en plus allés dans la direction de la répression financière ces dernières années. Ajoutez-y une inflation de 3 à 4 % et les dettes fondent.
Répression financière
Les dettes accumulées de la Seconde Guerre mondiale ont principalement été effacées de cette manière. En moyenne, les taux réels d’intérêt – taux d’intérêt à long terme moins l’inflation – ont été négatifs de 1945 à 1980. L’inflation fluctuait entre 0 et 5 % et elle est généralement restée maîtrisée jusque dans les années 70. L’explication ? L’offre en forte hausse des biens et services correspondait à la demande qui augmentait du fait des taux bas. Tout d’abord, le potentiel de travail qui était disponible a augmenté, primo avec le retour des militaires, secundo avec le babyboom. Ensuite la productivité a augmenté par l’application d’innovations technologiques mises au point pendant la guerre.
Aujourd’hui, il n’y a pas d’augmentation de l’offre mais la demande, elle aussi, reste faible. Les banques centrales compriment les taux pour ranimer l’économie et créer un peu plus d’inflation. La Banque centrale américaine a même promis tolérer davantage d’inflation à l’avenir avant de relever ses taux. La BCE prend le même chemin.
Danger
Une stratégie de taux bas combinés à plus d’inflation n’est pas sans danger. Vouloir un peu plus d’inflation, c’est comme vouloir être un peu enceinte. Et si finalement l’inflation augmente, les banques centrales peuvent s’attendre à ce que le front politique oppose une réaction excessivement rapide. Une hausse des taux met les pays fort endettés en difficulté. En revanche, pour les dirigeants politiques, des taux réels négatifs sont un moyen relativement indolore de comprimer la dette, contrairement à des économies austères. La plupart des épargnants n’ont pas conscience non plus qu’une inflation élevée doublée de faibles taux d’intérêt érode leur pouvoir d’achat.
Si la demande augmente fort du fait des stimulants de la politique monétaire et budgétaire, un peu plus d’inflation risque de déboucher sur beaucoup trop d’inflation. Il faudra alors subitement relever les taux pour éviter le pire. Ce frein de secours entraînera alors probablement une crise économique et financière. La stratégie de la répression financière s’apparente à une danse sur une corde raide. Selon que l’on arrive ou non sain et sauf de l’autre côté, on se souviendra des ingénieurs comme des héros ou des zéros.